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L’affaire de L’Arche de Zoé en 10 questions :
1/ Quel était le but de l’opération ? L’opération menée par L’Arche de Zoé au Tchad en 2007 visait à évacuer vers la France des enfants orphelins de la guerre au Darfour (ouest du Soudan) pour leur permettre d’obtenir le droit d’asile dans un pays en paix et dénoncer le silence et l’hypocrisie de la communauté internationale qui laissent mourir depuis 5 ans la population du Darfour au profit d’intérêts politiques et pétroliers. (lire la suite : la guerre au Darfour)
2/ L’opération était-elle légale ? Oui, l’opération était parfaitement légale car selon la déclaration Universelle des Droits de l’Homme et la Convention de Genève, les personnes persécutées dans leur pays et dont la vie est menacée peuvent se réfugier dans tout autre pays et y demander l’asile. C’est sur ces fondements du droit international, malheureusement souvent peu appliqué, que L’Arche de Zoé avait construit cette opération avec les conseils de plusieurs avocats. L’opération visait à affréter un avion de ligne commerciale qui devait atterrir sur l’aéroport international de Reims-Vatry où les enfants auraient été présentés à la Police Aux Frontières pour obtenir une « Autorisation Provisoire de Séjour » pour pouvoir déposer régulièrement une demande de droit d’asile. L’Arche de Zoé n’a donc pas cherché à rentrer clandestinement ou irrégulièrement sur le territoire français mais s’est, au contraire, attaché à respecter le droit français sur l’immigration pour offrir aux 103 enfants toutes les chances d’obtenir l’asile. (lire la suite : l’opération « Children Rescue »)
3/ Les 103 enfants étaient-ils tchadiens ou soudanais ? Les 103 enfants étaient tous soudanais, originaires de la province du Darfour. Certains vivaient, ou plutôt tentaient de survivre dans cette province soudanaise en proie à la guerre depuis 5 ans. D’autres, la majorité des 103 enfants, avaient déjà trouvé refuge, depuis quelques mois ou depuis quelques années, à l’est du Tchad, mais cette zone frontalière est une zone de guerre, sous loi martiale permanente, où les conditions de vie et l’espérance de vie des enfants est guerre mieux qu’au Soudan. Malgré les déclarations politiques (Etat tchadien, UNICEF, Ministère Français des Affaires étrangères) qui ont prétendu que ces enfants étaient tchadiens, les seuls justificatifs de nationalité qui ont été rapportés par l’enquête judiciaire sont bel et bien des documents soudanais.
4/ Les 103 enfants étaient-ils orphelins ? 98 des 103 enfants étaient orphelins de père et de mère, pour la plupart tués dans l’attaque de leur village au Darfour et quelques uns décédés de maladie en raison des conditions de vie épouvantables dans cette région du monde. Les 5 autres enfants étaient orphelins d’un de leurs deux parents et avaient été abandonnés par le parent survivant qui n’arrivait pas à s’en occuper et qui avaient alors demandé à leur chef de village de les confier à L’Arche de Zoé. Pour ces 5 cas, dont la situation différait des critères originaux de l’opération, L’Arche de Zoé s’est longuement interrogé et a finalement décidé que ces 5 enfants méritaient d’être évacué comme les autres car ils avaient tout autant le droit à la vie, le droit à l’asile dans un pays en paix puisque leur dernier parent survivant les avaient abandonné. C’est parce que tous ces enfants étaient orphelins qu’ils ont été placés plus de 5 mois dans un orphelinats à l’est du Tchad après l’arrestation de l’équipe de L’Arche de Zoé avant d’être renvoyés, en mars 2008, au Darfour ou à la frontière tchadienne. Aujourd’hui personne ne sait ce que sont devenus ces 103 enfants, pas même l’UNICEF qui a déclaré que ces enfants étaient tchadiens et qu’elle allait s’en occuper. Certains d’entre eux sont probablement déjà morts.
5/ Les autorités françaises étaient-elles informées de l’opération ? Oui, L’Arche de Zoé avait informé les autorités de l’état depuis le mois de juin 2007, de la Présidence de la République jusqu’à l’ensemble des députés et sénateurs, en passant par plusieurs Ministres. Si dans la plupart des cas le projet de sauver des enfants recevait un accueil favorable, le plus souvent officieux, l’enquête judiciaire révèle aujourd’hui que le cabinet de Bernard Kouchner s’est réuni dès le début du mois de juillet 2007 et a estimé que cette opération « menaçait leurs intérêts géopolitiques ». C’est donc en juillet, 3 mois avant l’opération, que le Quai d’Orsay a imaginé d’accuser L’Arche de Zoé de « trafic d’adoption » pour protéger les relations diplomatiques entre la France, le Tchad et le Soudan et ainsi se protéger des retombées possibles de l’opération de L’Arche de Zoé. Si officiellement, personne n’a dit ou démontré que l’opération visant à permettre à des enfants de la guerre du Darfour d’obtenir le droit d’asile en France était illégale, la Secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme, Rama Yade, désignée par Bernard Kouchner dès le mois de juillet 2007 pour orchestrer cette affaire, a lourdement répété afin de convaincre l’opinion publique que l’opération était « clandestine et illégale » car soit disant une opération de « trafic d’adoption ».
6/ Pourquoi l’opération a-t-elle échoué si près du but ? Sous réserve de révélations ultérieures sur les moyens de surveillance mis en place par le Ministère des Affaires étrangères pour suivre l’opération de L’Arche de Zoé, c’est par jalousie qu’une des 259 familles bénévoles du réseau d’accueil créé par L’Arche de Zoé a dénoncé l’opération aux services du Quai d’Orsay le 23 octobre 2007, soit deux jours avant l’évacuation vers la France des 103 enfants. L’ambassadeur de France au Tchad aurait alors saisi les autorités tchadiennes pour dénoncer une « opération illégale de trafic d’adoption » et faire arrêter les membres de L’Arche de Zoé à quelques centaines de mètre de l’avion qui les attendait sur l’aéroport d’Abéché à l’est du Tchad. (lire la suite : l’affaire tchadienne) 7/ Pourquoi les médias ont-ils vilipendé l’opération à ce point ? Dans la matinée du 25 octobre 2007, quelques heures seulement après l’arrestation des membres de L’Arche de Zoé au Tchad, alors que sur place règne la plus grande confusion et que la police d’Abéché mettra plus de 48 heures avant d’interroger les 9 français arrêtés sur leur identité et les motifs de l’opération, le Quai d’Orsay communique, via des dépêches relayées par l’AFP puis par la plupart des médias, que les membres de L’Arche de Zoé ont été arrêtés au Tchad alors qu’ils organisaient une opération de trafic d’adoption. Cette « version officielle », orchestrée par le Quai d’Orsay depuis le mois de juillet 2007, même si elle apparait bien peu crédible à beaucoup de journalistes, ne sera quasiment jamais remise en question et sera même renforcée par les déclarations du Président tchadien puis par deux reportages TV savamment manipulés pour que l’opinion publique retienne qu’il s’agissait avant tout d’une opération « clandestine et illégale » de « trafic d’adoption ». (lire le suite : la dérive des médias) 8/ Pourquoi certaines familles d’accueil ont-elles porté plaintes contre L’Arche de Zoé ? Quelques unes des familles bénévoles du réseau d’accueil de L’Arche de Zoé (14 sur un total de 259) ont porté plainte contre L’Arche de Zoé pour « escroquerie » au lendemain de l’arrestation au Tchad. Certaines n’ont pas résisté à la déception née de l’échec de l’opération, d’autres ont craqué sous la pression politique et médiatique de l’époque et n’ont pas voulu être assimilé à des « voleurs d’enfants » puisque c’est comme cela qu’on traitait à l’époque les membres de L’Arche de Zoé, d’autres enfin ont craqué sous la pression des policiers français qui les ont interrogés en leur déclarant d’emblée que l’opération était illégale et qu’ils avaient donc forcément été abusés par L’Arche de Zoé. Sur les 14 plaintes déposées, aucune ne précise le moindre fait précis ou la moindre « manœuvre frauduleuse » à leur égard pouvant constituer une escroquerie. 9/ Pourquoi certains bénévoles de l’opération ont-ils porté plainte ? La journaliste de France 3, Marie-Agnès Peleran, a porté plainte contre L’Arche de Zoé après la diffusion sur internet des vidéos originales de l’opération au Tchad qui ont démontré que son reportage diffusé sur France 3 (émission « Pièces à Conviction » de janvier 2008) était mensonger et délibérément à charge. Cette plainte est pour le moins abusive, mais Mme Peleran bénéficie depuis le début de l’affaire d’une véritable impunité face à la justice grâce à son statut de journaliste (lire : la dérive des médias). Le docteur Thierry Schwetterlé, médecin-urgentiste et coordinateur médical de l’opération s’est réfugié dans la fuite et le déni après l’arrestation des membres de L’Arche de Zoé au Tchad. Alors que 9 français sont emprisonnés à Abéché dans des conditions difficiles, il fait des déclarations tapageuses dans la presse, déclarations qui en plus d’être mensongères augmentent la pression et les risques pour les membres de l’équipe emprisonnés. IL a porté plainte pour « escroquerie » contre L’Arche de Zoé en septembre 2008, un an après, en prétendant qu’il n’était pas au courant des objectifs, des risques et des modalités de l’opération, opération à laquelle il a pourtant participé pendant plusieurs semaines. En réponse à sa plainte grotesque, L’Arche de Zoé a remis à la justice française l’enregistrement vidéo du briefing de préparation de l’opération où l’on voit clairement le Dr Schwetterlé en compagnie des autres membres de l’équipe recevoir les consignes de mission et être parfaitement averti des modalités et des risques.
10/ Comment vont les 6 membres de l’opération emprisonnés au Tchad puis en France avant d’être graciés ? Pour les 6 humanitaires bénévoles jetés en prison comme de vulgaires criminels sous les pires accusations (trafic d’adoption, trafic d’enfants, enlèvements, trafic d’organes, pédophilie, etc…), comme pour l'ensemble des membres de L'Arche de Zoé, cet épilogue de l’opération a été un véritable calvaire. L’emprisonnement au Tchad, la parodie de procès de N’Djamena, le retour en France pour être de nouveau condamné et incarcéré pour des raisons purement politiques, avant d’être graciés après 5 mois de cauchemar, laisseront des traces indélébiles. Il a fallu tout le soutien des proches, des amis, du réseau des familles d’accueil (à quelques unes près) pour soulager un peu les souffrances. Ce calvaire n’est pas pour autant terminé puisque la justice française a également ouvert une enquête à la demande du Quai d’Orsay, ce qui promet un nouveau procès tout aussi politique que celui de N'Djamena et qu’il est fort probable que L’Arche de Zoé soit de nouveau condamnée en France dans les années à venir. Procès, appel, cassation puis cour européenne des droits de l’homme représentent une bonne dizaine d’années de procédures auxquelles les membres de L’Arche de Zoé sont de toute façon condamnés. Mais le pire reste à venir car dans dix ans, combien des 103 enfants auront survécu dans l’enfer du Darfour ? Combien d’entre eux auront échappé aux balles, aux bombes, aux maladies, à la famine, à la soif ou, pour les plus chanceux, aux « carrières » d’enfants-soldats ? Un dernier mot ? Cette bien triste affaire, qui ne porte pas d’autre nom que drame, est révélatrice du cynisme et de l’hypocrisie de notre monde actuel, de ses « dirigeants » et de ses « grandes institutions ». L’Arche de Zoé a coulé à pic après avoir été torpillée pour des intérêts géopolitiques au mépris de la vie de ces enfants. Quel dommage, quelle tristesse. Mais continuons d’espérer qu’il existera toujours des hommes et des femmes courageux et généreux qui se soucieront du devenir de l’humanité, bien plus que de la politique, de l’économie mondiale ou des intérêts privés. Continuons de rêver qu’un jour les droits fondamentaux de l’humanité, et notamment le droit à la vie et à la sécurité des enfants, sera érigé en principe qui guidera les hommes vers un monde meilleur. C’est un rêve bien plus porteur que la crise économique mondiale, le trou dans la couche d’ozone, le prix du baril de pétrole ou le classement des plus grandes fortunes du monde…
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L'Arche de Zoé est une association humanitaire à but non lucratif, enregistrée à Paris, numéro 05/2346/00171192
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